Points de vue

Dimanche 26 octobre 2008
Dans mon dernier billet, j'évoquais les bourdes dans le Monde ces derniers jours. Un cours d'histoire des médias cette semaine a prolongé ma réflexion. Elle porte sur l'absence en France d'un métier ô combien présent dans la presse anglo-saxonne : le fact checker.

Littéralement "vérificateur de faits", le fact checker (FC) s'occupe exclusivement de vérifier les informations du journaliste. Dates, évènements, citations, tout y passe.

Je cite Wikipedia : 
"Also, fact-checking is distinctive to American publications. British and European magazines and newspapers may have editors for correcting spelling and performing superficial verification, but do not employ fact-checkers as such. Typically, fact-checking is an entry-level publishing job at major magazines; fact-checker jobs at The New Yorker are considered prestigious and can lead to higher-level positions, usually at other magazines." 


Une tradition américaine, donc. Le fact checking prend du temps et coûte de l'argent. On le retrouvera donc plus dans les hebdos et les mensuels que dans les quotidiens. 


Mais on les trouve aussi sur Internet. Je vous recommande chaudement le site Factcheck.org. Avec les élections américaines, le site décortique les allégations de campagne et autres spots de McCain ou Obama pour vérifier si ce qu'ils disent est vrai.
Par exemple, on trouve ici une longue analyse du dernier débat présidentiel. 

Autre exemple (résumé):

"The National Rifle Association's misleading attacks on Obama continue. A new ad shows a terrified woman grabbing a gun after an intruder smashes his way into her home. It accuses Obama of voting repeatedly for a measure that would "make you the criminal" in such cases, and voting to "deny citizens the right of self-protection."

The NRA says the incident depicted is "a true story." Not quite. 
  • The actual 2003 burglary didn't involve a woman, and it didn't become violent until the male homeowner went downstairs and started firing before calling police.

  • The ad fails to mention that the issue was a local handgun ban that made the homeowner's gun illegal to keep in the house. 
What Obama voted for was not any general repeal of the right of self-defense, but to uphold enforcement of the local gun ban, a "petty offense" that carried a maximum penalty of a $750 fine."

C'est juste génial. C'est juste un empêcheur de gober bêtement ce qu'on nous dit. C'est juste du vrai journalisme.
A quand du vrai fact checking en France ? Les egos des journalistes seraient-ils trop disporportionnés pour supporter la critique ? Pourquoi n'a-t-on pas la culture de l'enquête ? Est-ce une question de moyens ? Ou de culture ?




Quelques liens ... 

C'est quoi un fact checker ?

Un exemple de fact checking français : Rue89 démonte le témoignagne de BHL en Géorgie

 
 
Par Chloé
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Mardi 9 septembre 2008
En me baladant sur le blog de Gilles Klein, je tombe sur une analyse de l"affaire" Paris Match (le reportage photo sur les talibans ayant tué les soldats français). Analyse que je partage totalement. Je vous la fais donc partager.

"Assez sidéré par les réactions contre Paris Match, on se croirait revenu 40 ans en arrière, dans l’Amérique qui découvrait quotidiennement les photos crues de la guerre du Vietnam où ses enfants mouraient. En France, en 2008, on trouve des gens pour se ridiculiser, à droite (ne parlons pas de De Villiers qui parle de “haute trahison”) comme à gauche et ailleurs (chez les Verts avec Daniel Cohn-Bendit “un côté abject dans le voyeurisme de ce magazine.” La presse doit-elle participer à l’effort de guerre comme à la belle époque, sans montrer ce que dit “l’autre côté” ?

Etonné aussi que l’armée communique (c’est brutal, mais je le pense), n’importe comment, en donnant une première version dès le début, puis en donnant une autre version un peu plus tard. Est-elle obligée de parler à Paris quand elle ne sait pas vraiment ce qui s’est passé sur le terrain, si c’était vraiment le cas, comme le dit un officier au parisien ce week-end ? Pourquoi ne pas attendre pour donner des informations fiables ?

Les familles parlent de la jeunesse de certains défunts. Mais ils se sont engagés dans une armée de métier, ce sont des professionnels dans des régiments de combat, pas des conscrits appelés par le service militaire et envoyés au casse-pipe du jour au lendemain. En 14-18, le frère de ma grand mère meurt au front d’une balle dans la tête le premier jour, il a 18 ans.

Arme blanche” ou pas “arme blanche” pour être élégant dans le vocabulaire. Mourir à petit feu, de plusieurs blessures faute de soins, est-ce moins douloureux, moins horrible que d’un coup de couteau, si ce fut le cas ? Concernant, donc, la manière dont les soldats ont été tués, croit-on au ministère de la Défense que rien ne sortira ? Comment justifier ce désordre communicationnel par les demandes des familles qui de toute manière découvriront des informations qu’elles ne souhaitaient pas voir rendre publiques, dans la presse, venant d’autres familles de soldats ou de soldats eux-mêmes choqués par ce qu’ils ont vu ? Des soldats choqués, mal équipés, mal épaulés par des moyens de reconnaissance inexistants ou mal employés finissent par parler, encore plus facilement. Si ce n’est eux, ce sont leurs proches auxquels ils se sont confiés, parce qu’on les a laissé téléphoner quand ils étaient encore sous le choc.

J’ai trouvé assez étrange le propos d’un “spécialiste de la sécurité” qui publiait une tribune dans Le Figaro en commencant par écrire : “En faisant irruption sur du papier glacé dans notre quotidien, les insurgés afghans imposent de nouveau leur tempo : ils prennent au dépourvu les décideurs français et frappent de stupeur l’opinion publique.” Si les décideurs français sont “pris au dépourvu” c’est grave, comment le sait-il ? Quels décideurs ? Et cette opinion “frappée de stupeur” ? Quelle étude le dit ?

Lors de la prochaine embuscade, (ou peut-être même pour celle-ci) il faut s’attendre à voir rapidement des images qui n’auront rien à voir avec ces photos posées, paisibles et “gentilles” (où l’on reconnaît une arme par-ci, un uniforme par là) parues dans Match qui n’auraient jamais du déclencher la moindre polémique au delà de quelques proches des défunts, égarés par une émotion compréhensible. Des images peu agréables, montrant la réalité de la guerre, en gros plan, plus ou moins sanglantes, prises par les talibans, surgiront, non pas, peut-être, dans Match (qui fixe ses propres règles) mais sur Internet, comme c’est le cas en Irak. Les soldats et leurs familles doivent s’y attendre en cas de nouvelles pertes dans des conditions défavorables. Il ne faut pas le cacher ou faire semblant de le découvrir."

La suite ici

 

Par Chloé
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Samedi 6 septembre 2008
Vous avez remarqué, comme les chaînes adorent se copier les unes les autres ? La même chose arrive pour les émissions d'informations. Jeudi, Envoyé Spécial sur France 2. Première émission de l'année, premier sujet : Très chères vacances, sur la conséquence de la baisse du pouvoir d'achat sur les vacances des Français. Un sujet concernant, et dans l'actualité. Sauf qu'il a déjà été traité de nombreuses fois cet été.

De mémoire, j'ai dû voir passer des articles sur le sujet dans Le Monde (et encore, j'ai suspendu mon abonnement en juillet-août), dans Le Nouvel Obs (rien que la semaine dernière), et je ne pense pas risquer grand chose en disant que tous les autres titres de la presse écrite ont dû faire au moins une fois un article sur cette saison touristique un peu particulière. 
Bref, avant même le début du reportage, je pouvais deviner qu'il dirait : 
- que beaucoup de Français ne sont pas partis
- que ceux qui partent se sont serrés la ceinture
- et qu'ils sont partis moins loin et moins longtemps qu'avant
- que le touriste est regardant à la dépense
- que les restaurateurs ont fait une saison pourrie
- que le sandwich est revenu en force sur les plages 

Rien d'étonnant à tout ça. C'est ce qu'on appelle la circulation circulaire de l'information (voir illustration), un concept de notre saint père à tous, Pierre Bourdieu. Pour faire simple, les médias reprennent les informations développées par leurs confrères pour être "dans le coup" et ne pas être à la ramasse dans la couverture de l'actualité. Impossible de ne pas développer une grosse actualité publiée chez le voisin, concurrence oblige. Résultat, vous entendrez les mêmes infos à la télé, à la radio et dans la presse, chacun se copiant dessus joyeusement.

Un exemple concret : dans une rédaction où j'ai pu travailler, il n'était pas rare que les journalistes cherchent des idées d'articles chez les concurrents (notamment un qui avait la réputation de sortir des "petits sujets sympas") ... pour refaire exactement la même chose. C'est la règle du jeu. 

Donc pas vraiment étonnant que le sujet des vacances avec un porte feuille en berne soit un obligé pour les magazines télé à la rentrée. C'est juste un peu lassant d'entendre trente fois la même chose ....


Source de l'image : Attac.org
 
Par Chloé
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Samedi 6 septembre 2008
Ce midi j'ai regardé la nouvelle émission sur les médias de France 5, baptisée ... Médias (pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple, je vous le demande).

Cette émission a la lourde tâche de tenter de remplacer Arrêt sur Images, dont la brusque fin en 2007 avait fait pas mal de remous. Une vraie émission de critique de médias, plus exactement du traitement médiatique des faits d'actualité, et sans concession, donc.

Eh ben ... c'est pas gagné.

Ce midi, j'ai eu l'impression de voir un mix entre + Clair (*) et Dimanche +.
Premier indice probant, l'émission commence par "Le Feuilleton", qui relate les principaux évènements médias de la semaine. Comme "Le Château" chez Dimanche + pour la politique. Et quelle ne fut pas ma semi-surprise une heure plus tard, en zappant sur Canal +, de voir que + Clair avait lui aussi son feuilleton, baptisé Télé Novela.
Pour l'originalité, on repassera.

Les sujets traités étaient assez attendus : l'arrivée de Laurence Ferrari au JT de TF1, la refonte des programmes d'Europe 1, l'émission de Julien Courbet sur France 2. On a donc compris, ici, pas d'analyse du traitement médiatique, mais une émission sur l'actualité médiatique, comme sur la 4e chaîne.

Il y a quand même des points positifs. Les sujets sont longs (pas moins de 10 minutes de reportage sur la préparation du JT de TF1, et un bon tiers de l'émission consacré à ce sujet), ce qui permet de creuser un peu. Et l'émission reste sobre. Elle évite le style "pirouettes et pitreries" de + Clair, qui peut être fatigant à la longue.

Bref, le successeur d'Arrêt sur Images n'est pas pour demain. 


(*) Je suis contente que Canal + ait conservé Charlotte Le Grix de la Salle à la présentation de + Clair. Une jolie fille souriante et chaleureuse, loin du style glacial de Florence Dauchez ! 

Source photo : Toutelatele.com 
Par Chloé
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L'ESJ me prenant plus de temps que prévu, je pense mettre à jour ce blog le week end. Stay tuned !

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